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Que de fois n'ai-je pas détaché une feuille de mon album, pour la jeter dans la Colme errante.
Que de fois, sur ce banc, au bout du jardin, ne vous ai-je pas admirés, saules brillants !
Qui traduira votre image, noble nature, qui vous chantera, saules brillants ?
Là-bas, dans la vaste prairie, qui vous peindra, saules brillants ?
Mais voilà que surviennent ceux qui escomptent le prix de votre vente...
Les voilà ! Saules, baissez-vous, cachez vos troncs ! Ils viennent, les voilà !
Assis, ils font crier le fer contre la pierre, la pierre contre le fer qu'ils aiguisent.
O terre, mère de tout ce qui vit, vous avez engendré, vous avez nourri les saules.
Ils se cramponnent à vous, leur mère nourricière, avec tant de force, tant de tendresse ! Doivent-ils en être arrachés ?
Alors saules superbes, qui vous dressiez encore là, hier, vous voici, gisants , abattus, aujourd'hui.
Que de fois ne vous ai-je pas comptemplés, le matin, lorsque l'aube nimbait votre cîme d'argent d'un ruban bleu, pareil à celui qui retient la chevelure des anges !
Dénoué très tôt par le soleil, ce bandeau se fondait dans le bleu du ciel, et splendides, vous surgissiez alors dans la lumière, rayonnants de beauté.
Ainsi, mon âme, tu briseras un jour tes liens et tu t'élèveras là-haut aussi.
Que de fois n'ai-je pas détaché une feuille de mon album, pour la jeter dans la rivière plaintive !
Saules superbes, vous secouiez naguère votre crinière dans la lumière du matin, et frémissant, vous en faisiez ruisseler, comme de l'or et de l'argent, un choeur d'oiseaux sautillant et chantant.
Et par mille sentiers irisés, le soleil se frayait un passage à travers vos branches, pleines d'ombre, de mystère, de verdure, pleines de couleurs indicibles; de rouge flamboyant, de blanc éclatant, de jaune scintillant, pleines d'étoiles, d'étincelles, de pierreries fastueuses, qui tombaient en tintant dans l'eau.
Tels,  vous vous dressiez naguère, saules superbes, dans l'aube resplendissante, appuyés l'un sur l'autre comme deux amis, étendant, d'une rive à l'autre, votre voûte gigantesque, édifiée sur l'eau comme une église.
Lentement, la rivière souriante glissait entre vos troncs.
J'ai souvent détaché une feuille de mon album, pour la jeter dans la Colme errante.
Mais il en est une que je conserve aujourd'hui, sur laquelle on peut lire : " Une feuille de saule ".


saules-6-jpg.jpg

L'idée de ce texte m'est venue, en voyant un jeune homme couper le saule magnifique, au bout du jardin, de la maison où vivait son père, parti pour l'au-delà, il y a une semaine.

Cet homme adorait son arbre !

Celà m'a fait bizarre, c'est comme s'il n'avait jamais existé !

 Mystère de la nature humaine !

 

Début du texte de Gezelle, le reste d'Ederza-Naturaimer.

 
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Vendredi 13 avril 2007
- Publié dans : Aimer la nature - Par Ederza -naturaimer - Ecrire un commentaire
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