Je suis morne, je me sens à l'étroit, aucun rayon de soleil ne perce les nuages sombres.
Je vois ni arbres, ni buissons verdoyants qui réconcilient mon humeur morose avec ce jour tristounet !
C'est l'hiver, sans glace, ni neige ! Ah ! que la morsure de l'aquilon ne me permet-elle de rayer du patin, l'eau que la gelée a figée et polie !
Hélas, le brouillard fétide est si dense, que ni le soleil ni la lune ne parviennent à le vaincre !
Qu'importe ! Je veux sortir et me réjouir, que la joie et l'action rappelle à la vie, mon coeur engourdi !
Mais si je respire encore assez pour soutenir mon corps mon coeur étouffe.
Oh! que le soleil disparu ne revient-il enfin à mon aide !
Oh ! que le beau temps ne vient-il me ranimer ?
Que ne puis-je revoir, parfois, que ne puis-je revoir ces beaux jours qui si souvent ont charmé ma jeunesse !
La vie n'est plus pour moi ce qu'elle était avant.
Et si, jeunes gens, les jours vous paraissent trop courts ils me semblent, aujourd'hui, opposer leur durée à mon coeur avide de trouver le calme dans la nuit du cercueil.
Est-ce donc cela la vie ?
Tant de tribulations, tant d'efforts épuisants ; ne doivent-ils être payés que de douleur et de détresse ?
Et mon coeur n'a-t-il faim, mon coeur affamé, que pour n'être jamais assouvi ?
Mais là-haut lorsque j'y serais, alors nuages, tombeau, enfermement se briseront enfin !
Alors le soleil reprendra sa joyeuse course dans le ciel ; alors , ce sera de nouveau l'été, de nouveau le jour, de nouveau tout ; alors la joie me reviendra, mais une joie bien plus joyeuse qu'elle ne l'était ici-bas.
Traduit d'un texte remanié, de Gezelle ( période d'abandon ! )