C'est encore l'hiver, le mois de Février, mais je pense au mois de Mai ;
Ce mois où il fait clair assez tard.
Aucune feuille ne bouge.
Aucun souffle de vent, rareté, ne ride la surface de l'étang.
Et le soleil s'y reflète, immobile.
Le poisson circule dans les profondeurs !
Pauvre bestiole, sans mains, ni pieds, ni poils, ni plumes, à peine une peau écaillée.
Somnolent et sans méfiance, il erre de-ci de-là, montant, descendant, agitant ses nageoires tout heureux.
Mais ses yeux brillants sont fixes, ils regardent je ne sais quoi, ni je ne sais où !
Qu'il boive, ou mange, qu'il s'élève, ou redescende, jamais il ne cligne des yeux et jamais il ne les ferme.
Le poisson n'en finit pas de manger et ses ouies s'ouvrent et se ferment sans cesse.
C'est une créature privée de parole, de langage, symbole muet et ignoré des autres.
La mer a jadis englouti tous les êtres, hormis ceux de l'arche, qui après une longue attente rendirent à la terre les bètes sauvées du déluge, de ce grand désastre.
Mais le poisson lui, fut épargné, vivant déjà dans ce milieu marin !
Quel mystère est la nature, ainsi que ses colères et ses déluges, ses ouragans !
Petit poisson tu fus épargné, mais le filet ou la main de l'homme t'attrape, telle est la loi de la nature aussi !
Mais que revienne le mois de Mai, avec toute la beauté de cette nature utile et diversifiée !...
extrait d'un texte flamand
de Guido Gezelle 1803