

Je vous entends, petits oiseaux assez haut, assez souvent retentissent vos sons, mais j'ai beau faire, le soir, ou le matin, je n'en découvre pas le sens.
Vous comprenez-vous, chacun dans votre langage ?
Vous qui tintinez, qui sifflez, qui grivez, qui grisollez, qui piaillez, comprenez-vous ceux de votre race, jusqu'au bout du monde ?
Je ne sais pas de chanteur plus vaillant, que celui dont le chant jailli de la gorge, pinsonne et résonne, lorsque tôt, dans les arbres lointains, il rit et joue dans leurs branches.
Jamais vous ne faites nulle erreur en chantant, jamais vous n'avez fait un oubli.
Ce que vous dites est toujours de même, timbré, pesé, rythmé, inégalé.
Ainsi chantaient vos parents, ainsi vous chantez après eux, et après vous le feront vos petits.
Partout l'on entend chanter, les oiseaux, parents et enfants, souvent sont réunis.
Vous savez tout par coeur, ce que vous sifflez, babillez, gazouillez.
Tout est clair dans ce méli-mélo, qu'il semble avoir été transcrit noir sur blanc, sans cours de solfège.
Je ne sais pas qui, vous a appris à régler votre voix selon des lois et des rythmes, à la hausser, à la baisser, à la faire sauter de l'aigu au grave.
Je ne sais aucune école sur les bancs de laquelle vous avez suivi ces longues leçons, que doivent subir les hommes que l'on paie pour chanter.
Vous, les oiseaux, êtes merveilleux, je voudrais vous comprendre, mais rien ne m'éclaircit !
Je ne devine pas cette énigme pourtant quelqu'un vous a créés et vous a appris ces chants mélodieux qui me charment et enchantent ceux qui vous apprécient.
Heureusement, le printemps approche et vous reviendrez me réveiller, le matin, et me bercer le soir.
texte de Gezelle et Ederza