Dialogue entre un ange et une âme affligée
L' ANGE
Pourquoi toujours,
toujours pleurer, toujours gémir !
Faut-il que jamais les larmes
ne quittent tes yeux brillants ?
Debout, amie, ne pleure plus, viens;
écoute la sonnerie du tambourin :
ringe ringe ringe, ringe ring rom !
L' AME
Laisse-moi à ma tristesse;
personne ne me guérira jamais;
ma blessure est profonde.
Tais-toi et laisse-moi, laisse-moi...
L' ANGE
Personne n'est jamais resté plongé dans sa peine,
en entendant sonner la musique du tambourin :
ringe ringe ringe, ringe ring rom !
L' AME
Il fait nuit, toujours nuit pour moi;
c'est en vain que je veille, sans cesse.
Le jour se lève-t-il encore ? Est-il là ?
L' ANGE
Non, il fait nuit et clair de lune;
non, toutes les étoiles écoutent,
muettes, la sonnerie du tambourin...
L' AME
Nuages bleus, prairies vertes,
je ne puis plus vous voir,
tout est noir autour de moi, tout est noir !
L' ANGE
C'est toi qui es noire toi et tout ce que tu vois,
parce que tu ne veux pas écouter
le tambourin et le son mélodieux...
Les fleurs disparues reviendront au printemps;
déjà le ruisselet coule et glisse sur la mousse;
il rit et sautille, au rythme du tambourin sonore...
L' AME
Où sont les regards du soleil,
dont je m'abreuvais jadis les yeux,
à l'abri du feuillage, durant l'ardeur de midi ?
L' ANGE
Viens avec moi, je te guiderai vers eux;
viens avec moi;
le soleil est dans le son du tambourin...
L' AME
Tout ce qui m' était doux et cher a disparu,
il n'est nulle part de bonheur pour moi !...
L' ANGE
Quelqu'un t'est resté !
Viens, écoute l'ange au tambourin,
il ne t'abandonnera jamais,
donne-lui ta douleur, en échange de son amour.
Tourne ton coeur vers ceux qui t'aiment ....
L' AME
J'ai perdu, un à un, tous mes meilleurs amis.
Il n'est plus personne
que mon coeur puisse ou veuille aimer...
Hélas !
L' ANGE
Une larme, tu pleures,
oui, pleure tout le long du chemin.
Viens;
que tes larmes tombent au son du tambourin...
L' AME
Si je pouvais être pardonnée,
avec ces nouvelles larmes
pour réjouir le tambourin qui joue pour moi !
L' ANGE
A qui chanter notre amour ?
A qui consacrer nos coeurs ardents ?
Hommes, bètes et plantes, tout ce qui vit ou vivra,
rit au ronflement du tambourin
_rom bom_,
danse au son du tambourin :
ringe ringe ringe, ringe ring rom !
Traduit d'un texte flamand de Guido Gezelle. 1860 -