Il semble bien que les français soient les champions incontestés en quelques domaines où ils battent tous les records, l'usage abusif des médicaments et des tranquillisants, la fréquentation des astrologues et des voyantes, enfin la " consommation " invétérée de sondages d'opinion.
Parfois le téléphone sonne, même inscrit sur liste rouge, vous êtes tranquille, peinard, et au bout du fil une voix monocorde vous suggère un sondage, on a beau affirmer que ça ne nous intéresse pas, de l'autre côté on insiste et patati et patata, je ne sais pas pour vous, mais ça me tape sur le système que je réfrène des mots interdits de dire, politesse oblige envers ces personnes faisant leur travail, mais un peu, beaucoup enquiquineuses !
Sur ce dernier point, on compte au moins trois sondages offerts chaque jour à notre réflexion et à celle de nos hommes politiques.
Le phénomène a d'ailleurs atteint une telle importance que nos dirigeants ne paraissent plus capables d' avancer une suggestion ni d' arrêter une décision sans avoir pris préalablement connaissance des résultats des plus récentes enquêtes d'opinion sur le sujet qu'ils entendent traiter.
Dans l'antiquité grecque, les notables des grandes cités hellènes ne procédaient pas autrement en allant consulter la Pythie de Delphes avant d' entreprendre la moindre affaire sérieuse.
Assise sur son trépied au dessus d'une crevasse d'où s'échappaient des vapeurs, la prêtresse d'Apollon entrait en transes et proféraient des paroles incohérentes que les prêtres du temple interprétaient à l'intention des profanes.
De nos jours, ce sont nos sondages qui jouent le rôle de la Pythie et comme leurs oracles paraissent souvent aussi obscurs que l'étaient ceux de la divine hallucinée, les prêtres modernes, qui se nomment politologues et experts en communication, s'emploient à rendre clairs des chiffres et des pourcentages qui resteraient, sans eux, tout à fait incompréhensibles.
Au fond, je serais bien incapable de dire quelle est la meilleure méthode et je ne suis pas sûre que les Grecs, en obéissant aux observations de leur Pythie ou de leur Sibylle, aient commis plus de sottises que n'en font certains dirigeants politiques en cédant à cette forme plus primitive de la divination qu'est la " sondomanie ".
Cependant, les méthodes antiques avaient le mérite de dégager une farouche poésie.
On ne saurait en dire autant de nos ennuyeux fabricants de pourcentages.
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Juin 2007
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