********************************************** 1er février 2007.
Il pousse partout quelque chose...
Sur les gardes-fous des vieux ponts, l'humble mousse étend ses petites verrues, et couvre les pierres bleues du puits, de ses sous jaunes, gris ou verts.
Le soleil la baigne, la pluie l'arrose ; elle ne cesse de croître ; elle place ses écailles l'une à côté de l'autre, et les dispose si bien, qu'elle donne à chaque pierre une gracieuse parure.
Regardez-la, si vous avez des yeux curieux pour voir ; arrêtez-vous ; regardez-la, trempée de pluie et de soleil, et dites-moi si le plus beau tapis, si la plus fine broderie sont mieux travaillés qu'elle !
Que maintenant, auprès d'elle, parmi elle, autour d'elle, des fourmis ou des cousins fassent trotter leurs pattes ; que des ailes claires comme verre, y mettent leur arc-en-ciel, ... ah, dites-moi s'il est rien de plus beau, de plus charmant !
Il vit partout quelque chose, au-dessus comme au-dessous de l'eau ; les fleurs semées par le vent, éclosent jusqu'au faîte des toits ; les tuiles elles-mêmes sont animées, et la timide fleurette se plait à nicher jusque dans l'humble chaume.
Dans les crevasses des murs, dans les fentes des troncs, les fougères prennent leurs ébats ; fixées aux arbres et aux racines, elles puisent encore la vie dans les souches mortes depuis longtemps.
Nul herbage ne pourrit, nulle plante ne se gâte, rien ne meurt, sans que la vie ne s'y faufile de nouveau ; aucun arbre ne meurt, aucun homme, sans qu'aussitôt ils se couvrent de champignons.
Est-il un seul pouce de notre sol, de la Lys à l'Escaut, au bord de la mer, sur le sable, sur les maisons, sur les échalas, où ne vive quelque chose, où ne croîssent quelques fleurs charmantes. Partout il pousse quelque chose ... Partout !...
Traduit et remanié d'un texte de Guido Gezelle .1850
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