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Heu je n'ai rien contre les anglais, je viens seulement vous résumer une histoire vraie écrite par Pierre Bonte en 1975, qui m'a beaucoup plu.
Sur la façade du restaurant :
_Le filet de sole _ au Tréport on peut lire " Peinture à l'huile, cuisine au beurre ".
Le patron Fidèle Ducat conjugue les talents de cuisinier et de peintre.
C'est un personnage truculent, corpulent doté d'un solide accent du Nord, avec des expressions de poète quand il parle de la mer.
_ Quand t'arrives dans le pays t'as vu qu'c'était magnifique, non ?
C'est beau, même quand y'a du brouillard, c'est joli à voir, c'est un peu anglais, mais, enfin, c'est tellement joli que c'est pas anglais, ça reste quand même Le Tréport, ça reste français quoi...
Rien que la mer, c'est une source d'inspiration.
Moi je suis né devant la mer, j'ai quarante cinq berges et j'ai jamais vu la mer une fois pareille.
Quand on sait la regarder la mer avec son coeur, on peut des millions de fois l'interpréter la mer.
Maintenant on est au siècle de la vitesse, on a pas le temps de la regarder, il faut se dépêcher.
Tu te figures que le gars qui vient à dix heures et demie du matin, il retourne à cinq heures du soir il a eu le temps de voir la mer ?
Il a rien vu du tout, il dit :
_ " J'ai pris un bol d'air "
...vouais...
Il dit :
_ " J'ai vu la mer. "
Il l'a vue, mais il l'a pas regardée.
Le paysage ?
Mais y'en a un wagon ici, en haut des falaises tu vois les bateaux au repos sur la mer.
Y'a toujours à regarder.
Même s'il y a qu'une mouette tu la regardes, ah le vol d'une mouette c'est joli, rien qu'à l'entendre c'est joli le cri d'une mouette, elle crie pas tout le temps la même chose.
J'ai besoin des touristes au Tréport évidemment mais je préfère sans, parce que c'est solitaire, c'est joli quoi, c'est même pas solitaire, c'est jamais solitaire parce qu'il y a la mer.
Où il y a la mer c'est jamais solitaire.
Quand il y a la mer, y'a la vie.
J'ai jamais dit que c'était pas beau la montagne, j'la connais pas.
La forêt c'est joli aussi, mais la mer c'est au-dessus de tout.
Les gens qui partent au travail dans les villes, je voudrais qu'y ralentissent, s'ils partent à sept heures du matin qu'y s'lèvent un quart d'heure plus tôt, pis qu'y prennent leur temps, qu'y s'ouvrent la fenêtre, qu'y regardent un petit peu.
C'est p'tête pas marrant, mais s'y peuvent pas regarder en bas parce qu'ils voient les autres cavaler eh ben qu'y regardent en haut.
Les nuages y sont pas plus pressés pour ça, c'est pas parce que l'usine elle va ouvrir que l'nuage y va passer plus vite.
Ouais, ouais rien que ça, cela va d'abord l'aérer, pis ça lui aère l'intérieur.
Celui qui sait pas peindre, ben il achète une belle carte de la mer, un grand format, pis il la regarde avant d'partir au boulot, ça lui calme tout de suite son truc.
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J'ai résumé, ai-je dit, oui car c'est une très longue histoire, j'ai coupé des phrases trop longues, mais j'ai laissé le parler tel quel, dur, dur, mais quel amoureux de la mer cet homme, et comme je lui donne raison.

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