Une histoire vécue en cet article pour un peu de lecture
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Jean Gueguen est l'un des six cent mille bretons émigrés dans la capitale.
Il est chauffeur de taxi depuis 1932, il roule dans Paris et ne s'en trouve pas encore lassé.
En dépit des difficultés de circulation, il éprouve le même plaisir à reprendre le volant.
Je précise avant de continuer le résumé de l'histoire vécue racontée dans le livre de Pierre Bonte, que c'était vers 1975, donc moins de circulation.
Mais revenons à ce brave homme qui excerça ce métier avec passion.
_Dans ce métier, on trouve un contact humain, vous avez affaire, chaque fois, à un client différent.
Vous en trouvez qui viennent de l'autre bout du monde.
Un qui est noir, l'autre jaune, un breton, l'autre auvergnat, un qui est avocat, un autre militaire, vous avez tous les métiers du monde, toutes les races, toutes les religions.
Avec un peu de philosophie, vous arrivez à contacter votre client, à discuter avec lui, on en apprend tous les jours.
_Qu'est-ce qu'on vous raconte dans le taxi ?
_ Toutes sortes de choses, le client a besoin de se défouler un petit peu.
Dans les taxis, vous voyez souvent, maintenant une petite étiquette où c'est marqué : " Si vous pouvez vous abstenir de fumer..." .
Moi, jamais je ne mettrai cela dans ma voiture, parce que la personne qui va monter vient peut-être de passer toute la matinée à ses affaires.
Elle a une tête comme une citrouille, quand elle monte, elle a besoin de se détendre, de fumer une cigarette, peut-être aussi de parler.
_Il vous est déjà arrivé de jouer au psychologue avec vos clients ?
_ Bien sûr, mais pas tous les jours.
Ça arrive.
Avec une dame une fois qui avait les traits tirés, elle était pâlotte.
Et elle a commencé à me raconter sa vie, elle m'a dit que ça n'allait pas et qu'elle avait envie de se suicider.
Elle me dit : " Vous vous rendez compte, cela fait dix sept ans que je suis mariée et, je viens de m'apercevoir que je suis cocue ".
Je lui ai répondu que si tous les cocus devaient se suicider, les rues de Paris seraient jonchées de cadavres.
_ Et tout cela dans la circulation ?
_ Oui, mais quand elle est descendue, elle m'a serré la main.
Elle était réjouie, complètement remise, je crois que je lui avais remonté le moral.
_ Cela fait partie de votre joie ?
_Bien sûr que oui, je suis content.
S'il y en un qui veut connaître un monument, un peu d'histoire de Paris, je suis content de la lui raconter.
Je suis fier de raconter le peu que je sais.
Toutes les rues, chaque quartier, aussi et beaucoup de maisons de Paris ont une histoire.
Le chauffeur de taxi ne doit pas être un robot qui va d'un coin à un autre.
On prend un client à Boulogne, par exemple, qui vous dit : " Emmenez-moi à la Bastille ".
On démarre et ça y est.
Non, ce n'est pas que cela, le métier.
Je crois qu'il faut ajouter le plaisir du voyage à l'arrivée à bon port.
Il faut qu'on soit bien chez moi.
Mon taxi c'est ma maison.
_ A la fin de la journée vous devez être fatigué, les klaxons, les coups de sifflet...
_Non, pas du tout, évidemment, si vous prenez cela comme un abruti au volant d'une voiture, vous êtes abruti.
Mais si vous êtes tranquillement en train de raconter des histoires à votre client, cela se passe normalement.
Vous roulez sans choc, sans rien du tout, vous ne gênez personne et vous arrivez à bon port.
Je crois qu'à la fin de la journée, je suis aussi détendu que je le suis en ce moment.
Evidemment, le travail est toujours fatigant, parce qu'il faut avoir les yeux partout, un oeil qui regarde le feu rouge, un oeil qui regarde l'agent, un oeil qui regarde les autres voitures, un oeil qui regarde le piéton, l'autre qui déboite le vélomoteur.
Il faut se concentrer, tout en discutant sans s'énerver.
Mais c'est le métier, ça...!
Brave homme que ce chauffeur des années soixante dix, que ferait-il en ces temps actuels ? Je me dis qu'il serait malheureux, de ne pouvoir faire ce métier avec le caractère sociable qu'il avait, et le nombre de véhicules en circulation !
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