Cette anecdote que je vous narre me semble surréaliste maintenant, et me fait rire, bien que le soir où cela s'est passé j'ai eu honte après la prestation.
Donc dans les années 1954/ 1955 dans les quartiers de ma ville se passaient des attractions gratuites, funambules sans filets, clowns, et des radio-crochets.
Ce n'était pas encore la " Star' ac !
Nous en étions loin, bien que de jolies voix se faisaient entendre.
Avec ma maman, une tante et son fils mon cousin du même âge que moi, nous sommes allés un soir regarder ces spectacles de rues, en ce temps là il n'y avait guère de distractions, autres que le poste T-S-F, la lecture et les travaux d'aiguilles.
La foule était agglutinée le long des trottoirs entourant la place réservée aux attractions, mon cousin me narguait sans cesse : " Et t'es même pas chiche d'aller chanter, malgré que tu dis que tu vas y aller ! "
Il m'a tellement seriné ce refrain, c'est le cas de le dire, d'un coup quand l'animateur a demandé les candidats, moi la cruche je suis montée sur l'estrade, ce que j'étais godiche en plus, avec mes socquettes, ma jupe courte, j'étais jeune adolescente, juste avant que je parte en préventorium.
Et là j'ai chanté, faux comme une casserole, une chanson à la mode dédiée à ma maman. ( Ma maman c'est une maman...). Le rouge aux joues, sous quelques regards compatissants, et d'un coup une cloche a tinté, ça voulait dire : Stop ! Arrêtez ce massacre !
J'ai rejoint ma famille sous l'oeil goguenard de mon cousin, mais réconfortée par ma mère et ma tante qui lui dirent :
" Au moins elle a osé, pas comme toi ! "
Ce fut ma récompense.