Certainement vous connaissez cette phrase " la veuve joyeuse " lorsqu'une femme ayant déjà la douleur d'avoir perdu son conjoint a " l'indécence " de sortir de chez elle seule, et de surcroît pomponnée, impeccable par respect de sa personne.
A croire qu'être veuve incombe de s'habiller de couleur sombre et de rester cloîtrée telle une nonne.
Dans le lôtissement où je réside de nombreuses femmes sont veuves depuis longtemps, la région étant très marquée par des départs prématurés dus aux maladies certainement apportées par notre environnement.
Récemment j'ai acheté un recueil de Brigitte Giraud : " L'amour est très surestimé " où cette femme décrit très bien différents textes par lesquels sont référencées les veuves.
J'aimerais vous en faire lire quelques uns aujourd'hui. Bien que je ne sois pas d'accord sur certains.
Je connais des veuves dont la douleur est encore présente, immense comme un océan sans fin, mais qui gardent la foi et l'espérance en la vie.
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Les veuves ne veulent pas déranger. Elles remercient, s'excusent, disent pardon. Elles se sentent un peu responsables de la mort de leur mari. Elles ne veulent pas qu'on les soupçonne. Elles ne veulent pas qu'on les plaigne. Elles aimeraient être quelqu'un comme vous et moi.
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Les veuves ne mettent pas de rouge à lèvres ni de noir sur leurs yeux. Elles n'ont plus de corps ni de cheveux. Elles ne se regardent plus dans le miroir. Pendant un temps parfois très long.
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Les veuves s'occupent seules de leurs enfants. Quand leurs enfants sont adultes, elles s'occupent seules d'elles-mêmes. Les veuves doivent être une mère et un père. Comme il est dit par Freud qu'aucun parent ne réussit l'éducation de ses enfants, elles la ratent doublement.
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Les veuves écoutent les disques qu'écoutait leur mari, écoutent les émissions de radio qu'écoutait leur mari, lisent les les journaux que lisait leur mari.
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Les veuves agencent la maison comme elles le désirent. Plus rien ne traîne, ni trousseau de clés, ni portefeuille, ni linge sale, ni journaux, ni cendriers pleins. Elles n'ont plus de chemises à repasser, de pantalons à étendre
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Les veuves ont peur de vieillir et d'atteindre l'âge de leur mari. Elles ne veulent pas devenir plus vieilles que lui. Elles ne supportent pas d'être leur aînée. Un jour, elles auront l'âge d'être la mère de leur mari. Elles ne veulent pas en plus un enfant mort.
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Les veuves vont au cimetière. Elles ont un secret, un lieu de rendez-vous, elles ont un alibi, une excuse implacable. Les veuves ont un pouvoir minuscule, celui d'être perpétuellement absentes.
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Les veuves n'ont pas le monopole de la douleur. On ne cesse de le leur faire comprendre.On les remet souvent en place, on oublie de leur répondre. Les veuves ne sont pas joyeuses, il ne faut pas croire.
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Les veuves deviennent une menace pour les autres femmes.Elles sont désormais disponibles.
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Les veuves sortent en cachette, prennent l'autobus ou le taxi. Elles retrouvent parfois un homme en ville.Qu'elles aiment. Elles sont encore capables d'aimer, et d'être aimées. Mais elles n'en parlent à personne. Elles se sentent coupables.
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Les veuves se remarient.
On dit qu'elles refont leur vie.
On oublie alors que ce sont des veuves.
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