En ce jour je vous résume une histoire vécue lue dans le livre de Pierre Bonte en 1975.
Il y a ceux qui sont heureux de vivre là où ils sont, et puis il y a ceux qui sont heureux d'être toujours ailleurs.
Ce sont les gens du voyage dont le père Maret a choisi d'être leur curé.
Depuis des années il parcourt les routes de la Loire à bord d'un vieux car bleu ciel, aménagé à sa façon.
_ C'est le car-chapelle, avec la chapelle, la salle de séjour, et derrière ma cellule.
Les forains l'ont baptisé " Notre-Dame-du-Voyage ".
_ Tous les matins vous dites la messe dans votre car ?
_Oui, et le dimanche j'ai un peu de monde.
Je suis devenu le curé du voyage parce qu'un jour l'évêque m'a demandé de m'occuper des gens qui vivent en dehors, en marge de l'Eglise, un peu en marge de la société.
Alors j'ai commencé par les forains, mais en été ce sont les vogues foraines, je suis donc un coureur de vogues, c'est-à-dire de fêtes patronales.
Un jour ici, huit jours on est là, huit jours après on est ailleurs, on change chaque semaine, c'est même fatigant, car à peine habitué dans un patelin, on doit mettre les bouts, on doit partir.
Mais après dix ans de voyages, il me serait difficile de m'adapter à une vie sédentaire, toujours être dans quatre murs, voir toujours les mêmes personnes, ça s'ra très dur, très dur...
_Comment on vit quand on est curé ambulant ?
_Eh ben, on vit, on donne la main à Pierre, Paul, j'aide à monter et à démonter les manèges, je ne fais pas ça pour un gain quelconque, je le fais par pure amitié, bien qu'eux souvent me nourrissent.
On vit tous largement, regardez ce papier-là, je l'ai trouvé l'autre jour : " D'un ami qui ne vous oublie pas. "
Je ne sais pas qui, mais il a laissé un billet de dix francs, ça arrive de temps en temps de trouver de l'argent, alors que je n'en ai pas besoin.
Je ne fais pas de prouesses, pourtant il m'est arrivé de baptiser la fille d'Harris, sur un câble, car Harris c'est le funambule bien connu, alors sa fille Corinne, je l'ai baptisée dans les gorges de l'Allier, à Vieille-Brioude, à soixante mètres de hauteur sur le câble.
J'étais assis sur le contrepoids que tiraient des câbleurs.
_Tout vous paraît naturel, père Maret...
_Ce qui ne me paraît pas naturel c'est que les gens, les cotches, les gadgés, les sédentaires si vous voulez ne comprennent pas la vie des gens du voyage, pas seulement celle des forains, mais celle aussi des manouches, des yéniches,ce sont des voyageurs.
Il suffit de vivre dans une roulotte, dans une belle caravane pour qu'on nous méprise.
Et pourtant, ça vaut tout l'or du monde parce que c'est une vie d'amitié.
Et j'ajoute que ça m'aurait plu aussi de parcourir ainsi les villes et les villages, rencontrant des gens de différentes cultures, discuter, apprendre, engranger des anecdotes, lier des amitiés par monts et par vaux.
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photo du net
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