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En ce jour je viens vous résumer une histoire vécue pas ordinaire que j'ai lue dans le livre de Pierre Bonte où il narre ses rencontres dans les villes et villages de France dans les années soixante dix.
Je vous emmène faire connaissance de Fine, née Joséphine Petton dernière passeuse du Finistère.
Depuis trente ans, hiver comme été, sur une barque à peine plus large qu'une baignoire, elle godille à tour de bras pour faire passer les rares clients d'une rive à l'autre de l'Aber Ildut, l'un des bras de mer qui découpe la côte de Lampaul-Plouarzel.
Distance d'un km quand la mer est haute, tarif un franc.
Toujours coiffée d'un vieux bonnet, en sarrau noir et sabots, mais plus fière sur sa barque qu'un capitaine de vaisseau, Fine aime discuter avec son passager, le souffle à peine coupé par l'effort.
_Jamais je suis fatiguée, c'est le métier qu'est rentré dans le corps...
_Vous devez avoir de drôles de biceps, alors ?
_Ben, mon vieux, y'a des boules, vous avez qu'à tâter.
_Vous faites ça été comme hiver ?
_Ah oui pareil, et jour et nuit, quand y a des passagers, surtout les médecins.
Moi je suis malade si je vais pas en mer, si je restais à la maison, ben, j's'rais morte moi, il faut que je vais faire un tour de grève quoi.
Mais la mer, des fois c'est dangereux, parce que la mer, vous savez, elle connait le bois, elle sent son bois, elle sent son monde, elle est vivante.
Mais c'est une dame, elle descend à l'heure, elle monte à l'heure.
J'ai toujours le même bateau depuis le début, c'est le premier et ça s'ra le dernier, alors je dis aux enfants :
" Quand je mourrai vous n'aurez qu'à faire ce que vous voulez de mon bateau ".
Y'en a plusieurs qui veulent l'acheter, je ne vends rien du tout, je garde ça à mes enfants, à mes petits-enfants, ceux qui voudront, qu'y s'amusent avec après.
_Il n'est pas très beau votre bateau, hein ?
_ Ben, c'est un canot-gabare, j'aime mieux ça qu'aller m'amuser avec un moteur.
Je vais plus plus vite avec mes rames.
Pouf, pouf, pouf, merde, ça me fait chier ( désolée c'est fine qui parle )j'ai pas la patience.
_Le métier de passeuse, c'est fini après vous ?
_ Oh, personne viendra, ni homme, ni femme, ça vaut pas lourd les femmes, quand e'z-ont des bonniches, quand y'z-ont des parents derrière c'est bien, sinon autrement...tous des mêmes.
Les jeunes disent :
" Qu'est-ce que c'est cette vieille taupe là ?
Elle connait rien du tout, elle connait pas la chanson, ni quoi que ce soit, rien ".
Et pourtant, aïe ! aïe ! je la connais la vie, j'ai compris.
_Qu'est-ce que vous avez compris, Fine ?
_La vie, c'est la misère, mais quand on a la santé, on a toujours du plaisir.
Et quand on a des sous, c'est mieux encore !...
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