Avril 2007
Chaque semaine, depuis près de trois ans, je rends visite à une amie très agée, en résidence pour personnes agées, car elle ne pouvait plus rester seule dans sa maison !
Et de ce fait, je rencontre d'autres résidants avec qui je discute, de tout et de rien, je leur amène de la vie extérieure ce que beaucoup ont perdue, la liberté de circuler dehors, de voir des magasins, de parler avec d'autres personnes, même inconnues, sourire à celles qui disent bonjour, tout ce qui faisait leur existence avant !
Pourtant cette résidence est exceptionnelle, en qualités et confort.
Chaque pensionnaire a son appartement ou studio, avec ses propres meubles, bibelots, souvenirs vitaux pour leur fin de vie.
Mais souvent quand j'arrive, c'est la pause café, moment sacré dans le Nord, et là dans la jolie pièce reconstituée en salon, autour de petites tables, sont réunies les personnes qui le désirent, et lorsque j'arrive, leur visage souriant, leur poignée de mains, ou la bise, récompensent le moment passé avec elles !
Et ce sont de petites anecdotes, et de papotages, souvent les mêmes, car leur mémoire n'est plus tout à fait présente.
D'autres jouent aux cartes ou au scrable dans une autre pièce.
Alors, on se dit : Dans le fond, ils sont bien, pas malheureux, bien entourés par le personnel !
Et bien : non pas tous, car beaucoup, n'ont pas de visite, les enfants sont loin, ou occupés, pas le temps ou ils oublient tout simplement, se disant, qu'après tout leur mère ou leur père, où ils logent ne sont pas seuls !
Quand j'arrive, il y a une dame agée très coquette, maquillée, habillée avec soin, vraiment seule au milieu des autres, elle a le regard triste, ne s'est jamais mariée, se consacrant à sa mère et à son métier, qui à ma vue son visage s'illumine, je ne sais pas pourquoi, pourtant elle passe pour une vieille fille grognon !
Et un jour, je lui demande :
_" Alors mademoiselle ça va aujourd'hui ? " en souriant, bien qu'à chaque fois où je vais à la résidence, un noeud me serre la gorge !...
Elle me répond :
_" Si on veut, moi je préfèrerais être là-haut, on ne sert à rien ici, mieux vaut partir ! "
Alors sur le coup je ne sais quoi lui répondre, sauf lui prendre les mains dans les miennes pour lui insufler un peu de réconfort sans lui montrer la peine de voir que la vieillesse même nantie, bien logée, avec des repas dignes de restaurant, est triste sans visites ni tendresse.
Toute la richesse ne vaut rien sans un sourire, ni un geste de tendresse, ne serait-ce que quelques heures à grapiller sur du temps perdu dès fois à rien.
Donc j'ai écrit ce petit poème un peu triste mais réel.
Partir mal heureux ce n'est rien c'est bien
Obligés de partir après avoir été heureux
Ce n'est pas bien c'est moins que rien !
Trop tard c'est trop loin pour être heureux
Qu'est-ce heureux ? Que veut dire loin ?
Mieux vaut partir car c'est bien mieux
Quand près, le bonheur a été : " rien "...
Avril 2007
ARTICLE REMONTE