La candeur existe réellement chez les enfants disons tant qu'une déception douloureuse ne vienne la perturber.
Hier soir une de mes petites filles pas encore dix ans est partie en classe découverte quelques jours dans un pays limitrophe.
Elle appréhendait cette séparation d'avec la famille, surtout pensait-elle ne plus nous revoir, mais repartant du Béarn dimanche nous serons là pour écouter son épopée, ses anecdotes qui j'en suis certaine seront très bien narrées.
Cette petite fille très sensible assez discrète, perdue souvent dans des pensées est assez " entichée " de moi, ça ne se commande pas l'affection pourtant que je donne à égalité.
De plus j'ai découvert en elle une facilité de rédaction inconnue car cachée dans un petit cahier.
Lignes noircies d'une écriture tremblotante, malhabile courant sur des petites feuilles qui lues ont fait monter les larmes dans les yeux de ma fille sa maman et de la mamie que j'en suis encore émue.
C'est moche oui avouons-le d'avoir jeté notre regard sur ce qui est censé être un cahier intime.
Petit cahier caché en dessous du matelas qui ce jour fut retourné pour l'aérer, laissant échapper un exutoire niché dans des mots émouvants d'amour puéril sortant d'un coeur meurtri d'enfant.
Le grand vide dans ce petit coeur laissé par le départ d'un petit ami pour une autre région lointaine, confié sur des feuilles où de petites trainées d'encre présagent des perles tombant de ses yeux foncés reflet noisette.
Rémy ( prénom changé )
J'espère que là-bas où tu es
il fait beau car ainsi tu es bien,
je le sens, tu sais je t'aime tellement.
S'il pleut je ressens que tu te sens mal
et je suis malheureuse
de te savoir pas bien.
Je m'ennuie après toi et la nuit
je pleure depuis ton départ.
Julien ( prénom changé )
n'arrête pas de m'embêter
et vouloir m'embrasser, j'ai peur de lui,
je te veux toi pour me protèger
car tu es gentil,
et je veux toujours être avec toi
et me marier plus tard
et avoir des enfants
seulement avec toi Rémy.
Si jamais plus je te vois
je vais mourir tant tu me manques,
je rêve de toi quand je dors parfois.
Tu penses à moi aussi surement,
je voudrais que tu sois pas parti là-bas
que je ne connais pas...
je t'aime tant reviens,
pourquoi tu m'as abandonnée
je suis triste si triste Rémy.
Tu m'as embrassé
devant les autres copines jalouses
alors tu m'aimes pour la vie...
etc...
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Ces lignes au parfum de mélancolie parmi beaucoup d'autres m'ont remplie d'émotion puis un visage fin encadrés de longs cheveux noirs moirés m'est apparu en fermant les yeux, celui de ma petite fille livrant son premier chagrin d'amour dans ce petit cahier remis en place.
Dès son retour je la serrerais encore plus fort contre moi afin que peut-être elle aie envie d'épancher le mal-être resté en son coeur d'enfant.
Je lui redirais ma tendresse pour toujours, et je l'emmènerais à travers le chemin de montagne en lui rappelant sa phrase d'il y a quelques années :
_ " Allez dis on va voir les vaches là-haut ? "