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Ça fait un moment que je n'ai pas raconté une histoire vécue par Pierre Bonte, écrite dans mon gros livre relatant les parties de vie de personnes résidant dans diverses régions de France.
Saugues aux confins de la Haute-Loire et de la Lozère, est un pays aride et dur, dont les habitants vivent sous la neige une bonne partie de l'hiver.
Mais ils constituent une véritable communauté, solidement amarrée et soudée pour résister aux rigueurs de la nature.
Lucien Gire dit Lulu pour tout le monde, quarante cinq ans, peintre et sculpteur à ses heures, est le philosophe de la bande.
Il explique :
_ Les gens ont des caractères différents, c'est comme en peinture les couleurs.
Toutes les couleurs sont différentes, chacune a son intensité.
Et il faut des couleurs neutres pour faire briller les autres, pour les faire ressortir.
Je crois que pour les gens c'est pareil, il ne faut jamais les laisser seuls, avec leur seule teinte.
Il faut les mettre dans le coup et qu'ils font partie d'un tout, comme dans une fresque, chaque couleur a son intérêt et apporte sa contribution à la composition générale, à la beauté de l'affaire.
Et tout le monde est utile.
Ce qui est bien à Saugues, c'est qu'on a le sens de l'entraide, par exemple j'ai arrangé une petite maison pour me mettre chez moi, c'est tout petit, restreint.
J'ai fait une cheminée à feu de bois, car il y a des bois autour de Saugues.
J'ai eu une corvée de copains qui ont pris le camion, qui ont sacrifié leur après-midi, qui m'ont rentré mon bois
Ça me fait mon chauffage, et cela nous a permis aussi de passer une journée ensemble.
C'est réciproque, chacun se rend la pareille, on ne compte pas les points, c'est évident.
C'est comme une forme de l'affection, comme une famille.
On ne va pas dire, je t'ai fait ci, tu me rends ça, on ne tient pas un carnet de notes.
C'est l'amitié, chacun frappe à la porte du voisin.
J'ai besoin de toi, je suis là, on y va et c'est tout, et ça se répète.
Mais cela vous oblige, parce qu'il ne faut pas que ce soit à sens unique.
Il faut le rendre, cette espèce de bonheur que vous avez, en retour, il faut en apporter un peu aux autres.
Ici, on est libre, même dans le travail.
Par exemple, si ça me prend, à trois heures de l'après-midi, parce que l'orage va arriver et que c'est à ce moment-là que les truites mouchent, c'est le bon moment pour prendre la truite à ce moment-là et pas à un autre, eh bien, on y va.
S'il y a un travail à faire, remarquez, on le fera, quitte à passer la nuit.
Parce qu'on sait bien que la vie n'est pas faite que de loisirs et de plaisirs.
On les a, mais à condition de faire le reste.
Seulement, il faut choisir ses moments il y a des moments pour rire, des moments pour travailler, des moments pour rendre service.
C'est une forme d'équilibre.
Parfois, vous êtes un personnage très joyeux, qui à la limite peut arriver à quelques excès un soir de fête familiale.
Personne ne vous en fera grief parce que, au fond vous êtes le gars carré, le gars d'aplomb.
On m'avait conseillé à cause de mon travail de la peinture de partir en ville, de monter à Paris, par exemple.
Mais, après tout, j'imagine que les parisiens ne sont pas naïfs non plus.
Et je préfère être le premier chez moi que le dernier chez les autres.
Saint François d'Assise avait dit un jour :
_ " Fleuris où tu es semé. ".
Je crois que c'est la bonne formule.
Il me faut ajouter que cette page de vie se passe dans les années mille neuf cent soixante dix, où la solidarité, l'amitié, l'entente avaient plus de valeur qu'en ces temps-ci dans certains coins !
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A BIENTÔT